Je ne suis pas Marie Kondo (et c’est tant mieux!)

IMG_20171003_150023

Dans mon for intérieur, je crois que je rêve d’un lieu de vie épuré, dénué de complications, de lourdeurs, aussi léger qu’un salon made in La Redoute Intérieur. Je m’y poserais comme une plume, sans rien déranger.

Dans la réalité, des piles de magazines et de livres jonchent le sol à coté de mon lit et celui de mon salon, des jouets débordent des sacs, pourtant « fourre-tout », dont j’ai équipé les chambres des enfants (et le salon, décidément), notre cuisine « vit » (pour ne pas dire qu’elle est en bordel), et nos placards ont du mal à contenir tous nos vêtements. Et puis, pour un résultat minimaliste, il faudrait passer sa vie à ranger, j’ai toujours pensé que j’avais mieux à faire. (Petite précision, afin de ne pas passer non plus pour une souillon de base, nous parlons ici de désordre, pas d’hygiène, avec laquelle je suis intraitable).

J’ai donc, il y a quelque temps, mis la main sur le saint Graal en termes de minimalisme, « La magie du rangement » d’une certaine Marie Kondo, dont tous les blogs et webzines faisaient l’éloge. Cette Japonaise détient, il semblerait, la méthode infaillible pour changer sa vie, à coup de tri et de grands rangements organisés.  A croire qu’acquérir un livre de plus (je ne suis plus à ça près) allait faire surgir un vent de fraîcheur dans toute ma maisonnée et nous permettre de vivre dans la simplicité la plus totale, loin du superflu.

Comment vous dire que j’ai été quelque peu déçue. Enfin pas totalement, disons à 70%. Comme d’habitude, je trouve dans ce genre de bouquin des choses bonnes à prendre, et dont je peux m’inspirer, et d’autres assez éloignées du réel (à moins de vivre seule, dans 200 m², et de ne rien faire de la journée). Il faut dire que Marie et moi, nous n’étions pas sur la même longueur d’onde  : quand je découvrais sans doutes les joies de la pâte à sel, Marie elle, prenait un plaisir malicieux à trier les chaussettes, et réorganiser les placards de toute sa famille. Déjà, nous n’étions pas faites pour être amies.

Marie, ou la fibre du tri

Le gros point positif de ce livre que je retiens, donc (commençons par le plus agréable, voulez-vous) c’est que Marie Kondo prétend que nous allons mieux si nous gardons seulement les affaires qui nous mettent en joie (oui, n’ayons pas peur des mots!). « Ah une râpe à fromage! ça signifie que je vais acheter du fromage! J’aime, je garde! »

Trêve de plaisanterie, il est vrai que garder des vêtements qui nous donnent l’impression d’être un vieux gigot par exemple, n’aide pas à se sentir bien. One point, Marie! L’astuce consiste donc prendre en main chacune de ses affaires, observer ce que l’on ressent à propos de cet objet (« oh toi, chaussette à pois, m’apportes-tu de la joie? Oui tu me portes chaud pendant les nuits d’hiver ») et ne garder que ce qui est en phase avec votre état d’esprit. Ouste ! Les vieilles fringues qui ne vous correspondent plus, les livres que vous ne lirez plus, cette yaourtière que vous n’utilisez jamais! Et si c’est un peu extrême, (« Un ciné ça te dit ce soir? » « Non désolée j’ai encore 35 objets à ressentir »(ça prend du temps)) j’avoue que l’idée de n’avoir que des pièces que j’adore, des bouquins passionnants, de la déco à mon goût, l’essentiel en soit, est plaisante.

De plus, même si je ne suis pas une grande fan du ménage, je reconnais que le fouillis ne favorise pas les idées claires, et que lorsque l’horizon (de la journée) semble un peu bouché, il est quand même agréable de trouver une chambre dégagée, une entrée spacieuse, bref de quoi circuler, sans trébucher sur un cartable. Pour ces deux raisons,  je me suis mise au tri (un peu poussée par mon récent emménagement aussi. ) On n’est pas bien là? Allégées des vieux bibelots? Et bien, si. Au tri, donc, je dis oui.

Mais Marie a un petit souci

Par contre, Marie est selon moi assez « jetée » (disons qu’elle a peut-être fait le ménage, mais il reste clairement une araignée au plafond). Et c’est ce point là qui m’a déstabilisée.

Déjà, parce que madame, sous peine de trier ses placards, ne parle que de jeter. Oui oui, du genre « ne nous encombrons pas, jetons à tout va, aucun souci! ». Pardon, mais à l’heure où nous essayons de consommer raisonnablement, d’allonger la durée de vie des objets, de faire vivre l’économie de partage, ça me semble complètement con.  (Mais accordons à Marie qu’elle ne connaît peut-être pas Le Bon Coin). Jetons, polluons, du moment que nos salons laissent passer la lumière! Donner? Vous n’y pensez pas, voilà la meilleure façon d’encombrer une amie/soeur/voisin. Personnellement, l’idée même de jeter aux ordures des choses en bon état qui peuvent dépanner d’autres personnes me gêne beaucoup.

De deux, et sans doute la partie qui m’a laissée la plus perplexe, Marie a une façon bien spéciale de traiter ses objets (enfin, ceux qu’elle garde). Car oui, selon elle, il faut parler aux objets, les traiter avec douceur, leur trouver une place pour la fin de journée…. Et non, ce n’est pas une façon de parler. Il faudrait donc sortir de son sac a main, son portefeuille, son stylo,  son carnet, les ranger chacun dans un endroit dédié pour qu’ils se reposent jusqu’au lendemain. Idem avec ses sous-vêtements, ses foulards, ses carnets, ses courses… Il y a une histoire de chaussettes qu’il ne faut surtout pas mettre en boule, de peur de les contrarier…

Alors pardon, mais non. J’ai personnellement une vie bien remplie, deux enfants, un boulot freelance qui ne connaît pas d’horaires, des amis et de la famille à qui j’ai envie de parler, ou de voir, des tâches ménagères inclues forcément dans le package, et, s’il me reste un peu de temps, l’envie irrépressible de pouvoir me vautrer dans un canapé en fin de journée pour lire, bavarder ou regarder un bon film.

Je crois que la magie du rangement attendra. La mienne se trouve au final dans une maison harmonieuse, mais remplie d’un joyeux bordel.

Publicités

Dans la fleur de l’age

DSC_1095

Hier, j’ai fêté mon anniversaire, avec toujours, ce petit brin d’impatience le jour précédent qui vient tout droit de l’enfance. Fêté est un grand mot, puisque les aléas de la vie de famille en ont décidé autrement (gastro, veux-tu bien t’en aller?). Mais il faisait beau, nous avons mangé dehors, mon fils a soufflé mes bougies (s’assurant de mon accord, l’œil en coin) et offert une fleur. Bref c’était tout de même doux, comme passage.

Car l’age nous pose toujours question et impose un petit bilan. Avons nous réalisé suffisamment? Sommes-nous mieux, moins bien qu’espéré ? Avons-nous vu suffisamment de choses, de terres, de pays? Avons-nous assez appris? Pouvons-nous encore nous renouveler? Entreprendre? Changer?

Et finalement, à force de question (fort philosophique j’en conviens! (je n’avais pourtant rien bu!)) j’en suis venue à penser que l’âge n’était qu’une donnée « technique ». Qui existe certes, mais qui ne veut rien dire à la fois. Comment je le sais? Parce qu’à bien y regarder :

J’ai  12 ans quand on me reproche quelque chose
5 ans quand je joue avec mes enfants
25 ans quand je ris avec mon mari
60 ans quand il m’exaspère
10 ans quand je m’invente des histoires
15 ans quand je vais au cinéma
20 ans quand je prends le train
80 ans quand je n’ai pas dormi
18 ans quand je veux faire la révolution
36 ans quand je regarde derrière moi.

Je ne suis pas jeune, pas encore vieille, je suis à la fois sage, capricieuse (parfois), puérile, réfléchie, en colère, apaisée, prudente et pourtant joueuse.

Je n’ai pas vraiment d’âge en fait. Ou bien je les ai tous.

 

La vraie vie de freelance #1

u

office-581127_1280.jpg

Jouant sur son clavier, le regard dans le vague, elle cherchait le bon mot pour mettre fin à son article. Une note interrogative, ou humoristique peut-être, qui donnerait la saveur finale à la lecture de son texte…. Quand soudain, elle se rappela qui lui fallait faire une lessive, et sa fille, à la maison pour cause d’impétigo contagieux, l’appela du bout du couloir car elle avait renversé sa gourde de compote sur son chemisier (et un peu sur le sol, causant un effet « collant » instantané).

Si vous vous reconnaissez dans ce texte, peut-être êtes vous, vous aussi, freelance ou en télétravail… En tout cas bien loin des clichés à la Carry Bradshaw. Qui je le rappelle, dans les 90’s, passait son temps à manger des brunchs entre copines, avant de trouver le sujet de sa chronique pour un magazine féminin, qui payait bien (du moins assez pour avoir un dressing rempli). Chronique qu’elle tapotait tranquillou en culotte depuis son lit en attendant son amant.
A toutes les personnes qui pensent donc que bosser freelance est une fonction pépère, ou au contraire trop cool, j’ai envie de dire « viens donc, qu’on rigole ».
Pour ma part, devenir rédactrice freelance n’a pas été un choix dès le départ.  Plutôt un cheminement. J’étais journaliste en presse écrite, mais pour des raisons pros (le manque de contrats en cdi) et persos (un mari qui doit changer de ville selon son contrat + des enfants en bas âge), j’ai commencé à écrire pour des agences qui se fichaient que je sois près d’elles ou non (tant que j’envoyais mon article à temps) et des sites web qui cherchaient de nouvelles plumes. Je vous l’accorde, l’idée me séduisait aussi un peu : pas de boss, si ce n’est moi-même, pas de cadre routinier, ou de collègues relous, la possibilité de dire « Ouais, j’écris pour vivre » (sans pour autant dire que ça peut-être pour le salon de BTP). Sauf que mon quotidien est loin d’être un long fleuve tranquille. Et ne ressemble pas aux fantasmes qu’on peut avoir dessus.

Les avantages :

  • Ni dieu ni maître. Bon, en fait, c’est un peu plus nuancé : vous n’avez, c’est vrai, pas un boss, mais plusieurs employeurs. Mais vous avez des comptes à rendre, des échéances à tenir… Si vous voulez durer. En revanche, le rapport est pour moi assez agréable, plus de collaborateurs, ou de prestataires, que hiérarchique. Ce qui me va pas mal (puisque sous mes airs de fille sage, je n’aime pas trop l’autorité). J’aime bien l’entente que ce statut procure.
  • Une organisation personnelle. J’alterne souvent entre plusieurs missions. ça demande pas mal de discipline (terrain sur lequel je dois encore m’améliorer), mais je ne m’ennuie jamais. Quand je sature, je passe à autre chose. Je compose ma journée, en quelque sorte, je la décide, et la gère.
  • La possibilité de rester en pyj’ (occasionnellement, hein) Certes, ça ne fait pas avancer l’idée d’une personne active, et pour ma part, je me charge d’être habillée et prête au lever de mes enfants, histoire de garder une dynamique (important pour ne pas finir a 11h, en pensant que vous venez de vous lever). Mais en effet, travailler chez soi permet des petits extras sympatoches comme boire autant de cafés caramel qu’on veut, déambuler le cheveu en vrac, faire une pause avec son bouquin et écrire en pyj’ si je veux (qui le saura… ah mer… vous maintenant).
  • Le confort et les économies : bien oui c’est mathématique : mis à part le café que j’achète en gros, je n’ai pas de trajet à faire, pas de forfait en plus, de location etc… sur une année ça joue.

ça vous semble idyllique? Attendez de lire la suite.

Les inconvénients :

  • Des revenus parfois(toujours) incertains. Un thème sur lequel je ne vais pas trop m’étendre, car il mérite un billet entier, sur l’organisation, la gestion etc.des revenus. M’enfin sachez que si vous souffrez de phobie administrative, il vous sera difficile d’être freelance. La relance, la paperasse, la gestion de son budget et de ses paiements (qui ne tombent jamais au bon moment) est un vrai sport de compétition. Celui qui fait dire « non la j’en ai marre, j’arrête ». Sauf que si vous arrêtez, vous n’êtes pas payée.
  • Du temps, beaucoup de temps… en moins. Riez, vous qui bénéficiez des 35 heures. Vous qui voyez aussi la freelance comme une personne qui « est à la maison, elle a du temps ». En fait le contraire est plutôt de mise : ce qui compte étant l’échéance, vous serez souvent là à profiter de quelques heures le soir, ou le matin c’est selon, pour terminer un projet. Personne ne vous dit quand arrêter, par contre il est fréquent qu’on vous demande de rajouter quelque chose « pour aujourd’hui c’est possible? ». Ainsi que devoir trouver des astuces pour honorer quand même cette sortie avec choubidou chéri ou vos enfants (tant pis, je finirai ça entre 23h et 1h quand tout le monde ronflera).
  • Des gens qui ne comprennent pas votre rythme. Et voilà sur la plus haute marche du podium notre troisième et sans doute plus bel inconvénient du jour : l’incompréhension de l’entourage. Et pas par manque d’intelligence, ou de cœur. Mais le simple fait d’être à la maison signifie pour beaucoup, être disponible. Pire : avoir un hobby plutôt qu’un travail (comme on ferait de la peinture, ou de la broderie). Alors le ou la freelance doit souvent se justifier (surtout si c’est une femme d’ailleurs), auprès de ses enfants, de sa famille, de ses amis… « Non je ne suis pas forcément dispo là pour papoter, ce sont mes heures de boulot en fait (oui même au milieu de mon salon) ». « Non, je ne peux pas forcément aller faire des courses pour le repas de ce soir chéri », « ni me lancer dans le ménage… oui, même si je suis à proximité de l’aspirateur…et que ça me prendrait 10 minutes ». » Oui, notre fils a un peu de fièvre ce matin, mais peut être pourrais-tu prendre une demi-journée pour rester avec lui? » (ça n’y comptez pas!).

Vous l’aurez compris, si le boulot est cool, il n’a rien d’une planque : mieux vaut savoir où l’on met les pieds. En revanche, le sentiment de liberté qu’il procure me fait dire que je vais garder ce statut quelque temps. Et puis on verra bien où le vent me mène… (projets inside mon petit cerveau…)