Je ne suis pas Marie Kondo (et c’est tant mieux!)

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Dans mon for intérieur, je crois que je rêve d’un lieu de vie épuré, dénué de complications, de lourdeurs, aussi léger qu’un salon made in La Redoute Intérieur. Je m’y poserais comme une plume, sans rien déranger.

Dans la réalité, des piles de magazines et de livres jonchent le sol à coté de mon lit et celui de mon salon, des jouets débordent des sacs, pourtant « fourre-tout », dont j’ai équipé les chambres des enfants (et le salon, décidément), notre cuisine « vit » (pour ne pas dire qu’elle est en bordel), et nos placards ont du mal à contenir tous nos vêtements. Et puis, pour un résultat minimaliste, il faudrait passer sa vie à ranger, j’ai toujours pensé que j’avais mieux à faire. (Petite précision, afin de ne pas passer non plus pour une souillon de base, nous parlons ici de désordre, pas d’hygiène, avec laquelle je suis intraitable).

J’ai donc, il y a quelque temps, mis la main sur le saint Graal en termes de minimalisme, « La magie du rangement » d’une certaine Marie Kondo, dont tous les blogs et webzines faisaient l’éloge. Cette Japonaise détient, il semblerait, la méthode infaillible pour changer sa vie, à coup de tri et de grands rangements organisés.  A croire qu’acquérir un livre de plus (je ne suis plus à ça près) allait faire surgir un vent de fraîcheur dans toute ma maisonnée et nous permettre de vivre dans la simplicité la plus totale, loin du superflu.

Comment vous dire que j’ai été quelque peu déçue. Enfin pas totalement, disons à 70%. Comme d’habitude, je trouve dans ce genre de bouquin des choses bonnes à prendre, et dont je peux m’inspirer, et d’autres assez éloignées du réel (à moins de vivre seule, dans 200 m², et de ne rien faire de la journée). Il faut dire que Marie et moi, nous n’étions pas sur la même longueur d’onde  : quand je découvrais sans doutes les joies de la pâte à sel, Marie elle, prenait un plaisir malicieux à trier les chaussettes, et réorganiser les placards de toute sa famille. Déjà, nous n’étions pas faites pour être amies.

Marie, ou la fibre du tri

Le gros point positif de ce livre que je retiens, donc (commençons par le plus agréable, voulez-vous) c’est que Marie Kondo prétend que nous allons mieux si nous gardons seulement les affaires qui nous mettent en joie (oui, n’ayons pas peur des mots!). « Ah une râpe à fromage! ça signifie que je vais acheter du fromage! J’aime, je garde! »

Trêve de plaisanterie, il est vrai que garder des vêtements qui nous donnent l’impression d’être un vieux gigot par exemple, n’aide pas à se sentir bien. One point, Marie! L’astuce consiste donc prendre en main chacune de ses affaires, observer ce que l’on ressent à propos de cet objet (« oh toi, chaussette à pois, m’apportes-tu de la joie? Oui tu me portes chaud pendant les nuits d’hiver ») et ne garder que ce qui est en phase avec votre état d’esprit. Ouste ! Les vieilles fringues qui ne vous correspondent plus, les livres que vous ne lirez plus, cette yaourtière que vous n’utilisez jamais! Et si c’est un peu extrême, (« Un ciné ça te dit ce soir? » « Non désolée j’ai encore 35 objets à ressentir »(ça prend du temps)) j’avoue que l’idée de n’avoir que des pièces que j’adore, des bouquins passionnants, de la déco à mon goût, l’essentiel en soit, est plaisante.

De plus, même si je ne suis pas une grande fan du ménage, je reconnais que le fouillis ne favorise pas les idées claires, et que lorsque l’horizon (de la journée) semble un peu bouché, il est quand même agréable de trouver une chambre dégagée, une entrée spacieuse, bref de quoi circuler, sans trébucher sur un cartable. Pour ces deux raisons,  je me suis mise au tri (un peu poussée par mon récent emménagement aussi. ) On n’est pas bien là? Allégées des vieux bibelots? Et bien, si. Au tri, donc, je dis oui.

Mais Marie a un petit souci

Par contre, Marie est selon moi assez « jetée » (disons qu’elle a peut-être fait le ménage, mais il reste clairement une araignée au plafond). Et c’est ce point là qui m’a déstabilisée.

Déjà, parce que madame, sous peine de trier ses placards, ne parle que de jeter. Oui oui, du genre « ne nous encombrons pas, jetons à tout va, aucun souci! ». Pardon, mais à l’heure où nous essayons de consommer raisonnablement, d’allonger la durée de vie des objets, de faire vivre l’économie de partage, ça me semble complètement con.  (Mais accordons à Marie qu’elle ne connaît peut-être pas Le Bon Coin). Jetons, polluons, du moment que nos salons laissent passer la lumière! Donner? Vous n’y pensez pas, voilà la meilleure façon d’encombrer une amie/soeur/voisin. Personnellement, l’idée même de jeter aux ordures des choses en bon état qui peuvent dépanner d’autres personnes me gêne beaucoup.

De deux, et sans doute la partie qui m’a laissée la plus perplexe, Marie a une façon bien spéciale de traiter ses objets (enfin, ceux qu’elle garde). Car oui, selon elle, il faut parler aux objets, les traiter avec douceur, leur trouver une place pour la fin de journée…. Et non, ce n’est pas une façon de parler. Il faudrait donc sortir de son sac a main, son portefeuille, son stylo,  son carnet, les ranger chacun dans un endroit dédié pour qu’ils se reposent jusqu’au lendemain. Idem avec ses sous-vêtements, ses foulards, ses carnets, ses courses… Il y a une histoire de chaussettes qu’il ne faut surtout pas mettre en boule, de peur de les contrarier…

Alors pardon, mais non. J’ai personnellement une vie bien remplie, deux enfants, un boulot freelance qui ne connaît pas d’horaires, des amis et de la famille à qui j’ai envie de parler, ou de voir, des tâches ménagères inclues forcément dans le package, et, s’il me reste un peu de temps, l’envie irrépressible de pouvoir me vautrer dans un canapé en fin de journée pour lire, bavarder ou regarder un bon film.

Je crois que la magie du rangement attendra. La mienne se trouve au final dans une maison harmonieuse, mais remplie d’un joyeux bordel.

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Dans la fleur de l’age

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Hier, j’ai fêté mon anniversaire, avec toujours, ce petit brin d’impatience le jour précédent qui vient tout droit de l’enfance. Fêté est un grand mot, puisque les aléas de la vie de famille en ont décidé autrement (gastro, veux-tu bien t’en aller?). Mais il faisait beau, nous avons mangé dehors, mon fils a soufflé mes bougies (s’assurant de mon accord, l’œil en coin) et offert une fleur. Bref c’était tout de même doux, comme passage.

Car l’age nous pose toujours question et impose un petit bilan. Avons nous réalisé suffisamment? Sommes-nous mieux, moins bien qu’espéré ? Avons-nous vu suffisamment de choses, de terres, de pays? Avons-nous assez appris? Pouvons-nous encore nous renouveler? Entreprendre? Changer?

Et finalement, à force de question (fort philosophique j’en conviens! (je n’avais pourtant rien bu!)) j’en suis venue à penser que l’âge n’était qu’une donnée « technique ». Qui existe certes, mais qui ne veut rien dire à la fois. Comment je le sais? Parce qu’à bien y regarder :

J’ai  12 ans quand on me reproche quelque chose
5 ans quand je joue avec mes enfants
25 ans quand je ris avec mon mari
60 ans quand il m’exaspère
10 ans quand je m’invente des histoires
15 ans quand je vais au cinéma
20 ans quand je prends le train
80 ans quand je n’ai pas dormi
18 ans quand je veux faire la révolution
36 ans quand je regarde derrière moi.

Je ne suis pas jeune, pas encore vieille, je suis à la fois sage, capricieuse (parfois), puérile, réfléchie, en colère, apaisée, prudente et pourtant joueuse.

Je n’ai pas vraiment d’âge en fait. Ou bien je les ai tous.

 

Le carnet à l’envers

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Pour qui me connait très bien, c’est-à-dire qui est déjà venu chez moi ou me fréquente au quotidien, je suis le genre de personne à aimer faire des listes. Non pas par haute organisation et contrôle de toute situation (mon moi intérieur vient de s’étouffer), mais au contraire, parce que je suis disons, éparpillée : toujours 3 idées à la fois, des livres à lire par-ci par-là, des idées de sortie, des piges qui se cumulent, des tâches ménagères aussi (ma grosse passion (humhum)). Faire des listes me permet alors de mettre par écrit, noir sur blanc, ce qui se bat un peu dans ma tête, d’en extraire les priorités, de canaliser tout ce bazar. De me faire envie aussi, en listant ce qu’il y a encore au menu de ma journée, de ma semaine…

Et puis, j’avoue, j’aime le côté écrit. J’ai d’ailleurs tenté de passer aux listes gérées via une appli, (ce qui était très pratique puisque, telle une mère d’ado, mon smartphone se chargeait de sonner pour me rappeler ce que j’avais à faire). Mais ça ne me convient pas. J’aime écrire, tracer mes envies et mes besoins, rayer, raturer, dessiner à côté. J’aime aussi retomber parfois sur des vestiges d’anciennes listes pour voir ce que j’avais en tête à ce moment, voir que j’ai évolué, ou pas du tout. J’ai donc une multitude de carnets.

Le problème dans tout cela, (car oui, tout n’est pas rose, bon sang!) c’est que les listes peuvent aussi avoir l’effet inverse de celui attendu. A savoir, celui de lister tout ce que vous voulez faire… pour finir par déprimer en regardant tout ce que vous n’avez pas pu faire. En l’occurrence, j’ai toujours de grandes ambitions en notant 18 choses, alors que soyons lucides, entre le moment où je dépose les lardons à l’école et la crèche, l’heure où ils sortent et les différents imprévus qui peuvent jalonner ma journée, il est déjà bien que je puisse prendre ma douche, manger et passer un coup de fil. Donc se lancer dans l’aquarelle ou s’entraîner pour un éventuel marathon est une douce utopie.

J’ai donc pris l’habitude depuis peu de noter non pas ce que je projette de débuter, mais ce que j’ai fait de mon temps. Oh, rien d’exceptionnel, bien au contraire. Tout est dans le plaisir des choses qu’on ne voit plus trop : boire son café au soleil, être tombée sur un documentaire génial (alors qu’on cherchait un énième Stéphane Plazza), avoir appris a mon fils à demander 2 baguettes à la boulangère, avoir terminé un article qui gambadait dans ma tête depuis un moment… Bref, pas de règles, juste des traces de ce qui fait de ma journée un temps qui valait le coup d’être vécu. Même si je n’ai pas fait ma séance d’abdo ni écrit encore mon premier roman.

Et ça fait un sacré bien.

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